The Simpsons' French voice cast: everything about the dub

GUIDE DU DOUBLAGE

Les voix françaises des Simpson : tout sur le doublage

Huit comédiens pour toute une ville, un « T'oh ! » né d'un bout d'essai, un lexique entier qui n'existe qu'en français : le guide complet de la VF, et de l'autre VF, celle du Québec.

1990
Première diffusion française sur Canal+, le 15 décembre
8
Comédiens réguliers dans l'équipe VF actuelle
34
Saisons dirigées par Christian Dura, de 1989 à 2022
2
Doublages francophones distincts : France et Québec

Tu as sans doute passé plus d'heures avec Philippe Peythieu qu'avec certains membres de ta famille, sans jamais avoir vu son visage. Depuis le 15 décembre 1990 et la première diffusion française sur Canal+, une poignée de comédiens prête sa voix à la ville entière. Une équipe minuscule, quatre hommes et quatre femmes, pour une population de plusieurs centaines d'habitants : la version française des Simpson tient autant de l'artisanat que du monument télé.

Cette VF n'est pas une traduction, c'est une réécriture. Le « D'oh ! » d'Homer est devenu « T'oh ! » à cause d'une lecture faite de travers pendant un bout d'essai. Sideshow Bob s'appelle Tahiti Bob. La famille Van Houten a troqué ses origines néerlandaises contre des origines belges. Chaque choix a son histoire, et beaucoup tiennent en une anecdote de studio racontée au micro par ceux qui étaient là.

Ce guide passe en revue les comédiens du noyau familial, les hommes-orchestres des seconds rôles, le lexique inventé par les adaptateurs, la chaîne technique qui transforme un épisode américain en épisode français, les changements de voix imposés par la vie, et l'autre doublage francophone : celui du Québec, qui parle une tout autre langue et assume complètement de raconter d'autres blagues.

📋 Sommaire

AUX ORIGINES
🎬

Comment Springfield s'est mis à parler français

Un casting mené à l'aveugle, une cassette mexicaine et un producteur venu de Los Angeles

La France telle qu'elle apparaît dans la série, terre d'accueil de la version française

Avant d'être une institution, la VF des Simpson a été un casse-tête. La production française travaille à partir de dessins sommaires, les essais se font sur une version espagnole faute de mieux, et il faudra que les producteurs de Gracie Films se déplacent en personne pour que l'affaire se débloque. Voici les étapes qui ont fabriqué la version que tu connais par cœur, studio après studio.

La soirée de baby-sitting d'« Une soirée d'enfer », premier épisode diffusé en France

Le 15 décembre 1990

PREMIER SOIR SUR CANAL+

Canal+ lance la série avec « Une soirée d'enfer ». Petite bizarrerie : aux États-Unis, cet épisode était le dernier de la saison 1, diffusé le 13 mai 1990. La chaîne française rétablit l'ordre de production, si bien que le tout premier épisode vu en France est celui que les Américains ont découvert en dernier.

La famille Simpson au complet, réduite à quelques croquis au moment du casting français

Un casting mené à l'aveugle

TROIS CHEVEUX ET UN GROS VENTRE

Philippe Peythieu l'a raconté : « Les productions françaises avaient de mauvais éléments pour le casting, comme par exemple de vagues dessins d'Homer avec un gros ventre et 3 cheveux. » Autrement dit, on cherche une voix pour un personnage que personne n'a encore vraiment vu bouger, ni entendu parler.

Bumblebee Man, la star de la télévision hispanophone de Springfield

L'essai en espagnol

LA CASSETTE MEXICAINE

Les candidats ne travaillent pas sur la version originale mais sur une bande mexicaine. Peythieu résume l'absurdité de la scène : « J'ai fait des essais sur une version mexicaine, c'était absurde parce qu'ils n'avaient que ça comme éléments. » C'est pourtant sur ce matériel bancal que le rôle d'une vie s'est joué.

La centrale nucléaire de Springfield, l'argument qui a cadré le jeu d'Homer en français

La phrase qui débloque tout

PAS UN ABRUTI TOTAL

Le producteur de Gracie Films finit par cadrer le personnage d'une seule réplique, rapportée par Peythieu : « C'est pas un abruti total parce qu'il travaille dans une centrale nucléaire. » Une indication de jeu en une phrase, qui explique pourquoi l'Homer français est lourdaud sans jamais être complètement stupide.

Le cri d'Homer, « D'oh ! » en version originale, devenu « T'oh ! » en français

Le « T'oh ! » du bout d'essai

L'ACCIDENT QUI RESTE

Le cri le plus célèbre de la télévision se dit avec un T dans toute la francophonie européenne, et ce n'était pas prévu. « Le T'oh ! vient du bout d'essai et on l'a gardé au fil des années. J'ai donc été choisi sur une série de T'oh ! », raconte l'intéressé. Un accident promu signature sonore.

Le logo de Gracie Films, la société de production qui a validé la voix française d'Homer

Gracie Films fait le voyage

LE CASTING DÉCISIF

Après des essais qui n'aboutissent pas, la société de production de James L. Brooks envoie ses gens sur place. Peythieu là encore : « À la fin les producteurs de Gracie Films se sont déplacés et j'ai eu la chance de faire le casting. » C'est ce passage-là, et pas un autre, qui lui donne Homer.

Christian Dura

L'ARCHITECTE DE LA VF

Né en 1945 à Bordeaux, il dirige artistiquement le doublage de 1989 à 2022, soit les saisons 1 à 34. À partir de la saison 19, il signe aussi l'adaptation française, d'abord en alternance avec Régine Teyssot, puis seul dès la saison 20. Trente-quatre saisons sous la même direction : c'est lui, la colonne vertébrale.

Les studios Itchy & Scratchy, l'usine à dessin animé de Springfield

Six studios en trente-cinq ans

LES MURS CHANGENT, PAS LES VOIX

PM Productions pour les saisons 1 à 3, L'Européenne de doublage de 4 à 6, SOFI de 7 à 19, Dubb4You pour 20 et 21, Audiophase de 22 à 28, Cinéphase depuis la saison 29. Les adresses défilent et les prestataires changent, mais la distribution, elle, ne bouge quasiment pas. C'est la statistique la plus impressionnante du dossier.

La relève Coryn

DEPUIS LA SAISON 35

William Coryn a repris la direction du doublage à partir de la saison 35, épaulé par sa fille Laetitia. Un passage de témoin discret, sans remaniement du casting : la troupe historique reste en place. Sur une série de cet âge, c'est la meilleure garantie que le spectateur ne remarque strictement rien.

LA TROUPE
🎙️

Les six voix qui portent tout Springfield

Six comédiens, des centaines de rôles, trois décennies de studio

Springfield vue d'en haut, une ville entière portée par une poignée de voix

On les croise partout sans jamais les identifier : au générique d'un film avec Danny DeVito, dans un dessin animé du samedi matin, dans un blockbuster de science-fiction. Voici six piliers de la version française, avec ce qu'ils doublent réellement, ce qu'ils ont inventé et ce qu'on sait de leur méthode. Prépare-toi : chacun porte beaucoup plus de personnages que celui auquel tu l'associes.

Homer Simpson, doublé par Philippe Peythieu depuis 1990
LA VOIX D'HOMER DEPUIS 1990

Philippe Peythieu

aussi la voix de Danny DeVito

Naissance12 janvier 1950, Paris
Homer depuis1990
Autres rôlesGrampa, Otto Bus

Né le 12 janvier 1950 à Paris, il arrive au doublage en 1984 et décroche Homer six ans plus tard, au terme d'un casting interminable. Il ne l'a plus jamais lâché. Détail que lui-même reconnaît volontiers : le personnage n'a pas trouvé son grain tout de suite, c'est vraiment à partir de la quatrième saison que le timbre définitif se met en place.

Le parcours

Il débute dans le doublage en 1984, avant que la Fox ne le retienne pour Homer en 1990. En dehors de Springfield, c'est la voix française régulière de Danny DeVito depuis Batman, le défi en 1992, ce qui explique cette impression de déjà-entendu devant un film des années 1990. Il double aussi régulièrement Stephen Rea, Richard Schiff et David Morse.

Les personnages doublés

Homer, évidemment, mais aussi Abraham « Grampa » Simpson et Otto Bus, le chauffeur du car scolaire. Trois générations et trois registres dans la même gorge : le père de famille au débit pâteux, le grand-père radoteur qui part en digression, et le métalleux qui vit à fond les décibels. Trois voix qui se répondent parfois dans la même scène.

Sa marque de fabrique

Le « T'oh ! », né d'une lecture faite de travers pendant son bout d'essai et jamais corrigé depuis. « J'ai donc été choisi sur une série de T'oh ! », résume-t-il. Le reste tient au travail de composition : un phrasé traînant, une articulation molle, une voix très projetée qui n'a rien de naturel et se paie physiquement en fin de journée.

À savoir

Il est aujourd'hui l'un des visages du combat contre l'intelligence artificielle dans le doublage. Sa pétition « Touche pas à ma VF » a dépassé les 200 000 signatures, et il qualifie de « vol caractérisé » les applications payantes qui reproduisent sa voix sans autorisation. Un court métrage d'Arnaud Demanche, Being Homer Simpson, lui est par ailleurs consacré.

Marge Simpson, doublée par Véronique Augereau depuis 1989
MARGE, PATTY ET SELMA À ELLE SEULE

Véronique Augereau

aussi la voix de Jamie Lee Curtis

Naissance27 mai 1957, Angers
Marge depuis1989
Autres rôlesPatty, Selma, Jacqueline

Née le 27 mai 1957 à Angers, formée au conservatoire de Rouen, aux Cours Florent puis à l'ENSATT, elle est la voix de Marge depuis 1989. Particularité bien française : elle assure à elle seule les trois sœurs Bouvier. Quand Marge se dispute avec Patty et Selma, c'est donc une comédienne unique qui se répond à elle-même, sur des pistes séparées.

Le parcours

Le théâtre d'abord, puis le doublage, où elle devient l'une des voix les plus demandées du métier. Elle est la voix française régulière de Linda Hamilton, de Jamie Lee Curtis et de Rene Russo, ainsi que de Joan Allen et Marcia Gay Harden. Côté animation, elle prête sa voix à Lois Lane dans la majorité des œuvres DC animées depuis 1996.

Les personnages doublés

Marge Simpson, ses sœurs jumelles Patty et Selma Bouvier, et leur mère Jacqueline Bouvier. Autrement dit toute la branche maternelle de la famille. Le grain rauque des deux fumeuses du bureau des permis face à la voix plus voilée de Marge : le contraste tient entièrement à un travail de placement, pas à un trucage de studio.

Sa marque de fabrique

Une Marge française qui ne singe pas Julie Kavner mais retrouve la même fêlure, cette voix éraillée qu'on croirait usée par vingt ans de patience conjugale. Et un exercice d'équilibriste assez rare dans le métier : tenir quatre femmes de la même famille sans que l'oreille du spectateur puisse jamais les confondre.

À savoir

Elle a rencontré Philippe Peythieu sur le plateau de doublage des Simpson. Le couple a eu un enfant, Lou, en 1993, et s'est marié en 2001. Homer et Marge sont donc mari et femme à la ville comme à l'écran, hasard de casting devenu l'anecdote préférée des festivals d'animation et de tous les journalistes qui les interviewent.

Bart Simpson, doublé par Nathalie Bienaimé depuis la saison 23
BART DEPUIS LA SAISON 23

Nathalie Bienaimé

deuxième voix française de Bart

Naissance19 février 1968, Troyes
Bart depuissaison 23
Autres rôlesJimbo Jones, Lisa chantée

Née le 19 février 1968 à Troyes, elle entre dans la série par la petite porte. Joëlle Guigui, souffrante, doit lâcher le micro sur les derniers épisodes de la saison 21 : Bienaimé assure l'intérim. Guigui revient en saison 22, puis passe définitivement la main pour raisons de santé. Depuis la saison 23, Bart, c'est elle.

Le parcours

Comédienne de doublage extrêmement prolifique, également directrice de doublage, elle est la voix française régulière de Brenda Song et de Maggie Gyllenhaal, et l'une des voix de Kate Mara. Côté animation, on lui doit Lincoln Loud dans Bienvenue chez les Loud, Betty dans Atomic Betty ou encore Mikasa Ackerman dans L'Attaque des Titans.

Les personnages doublés

Bart depuis la saison 23, mais pas uniquement : elle double aussi Jimbo Jones et assure la voix chantée de Lisa. Reprendre un personnage aussi identifié après vingt-deux saisons relève du numéro d'équilibriste, avec un public prêt à hurler à la trahison au moindre écart de timbre. Personne, ou presque, n'a rien remarqué.

Sa marque de fabrique

La continuité, paradoxalement. Sa mission n'était pas de réinventer Bart mais de le rendre invisible. Le « Va te faire shampouiner » est passé d'une bouche à l'autre sans que la série perde une once de sa nervosité, ce qui est peut-être la plus belle performance de tout ce dossier, parce qu'elle est justement faite pour ne pas se voir.

À savoir

Bart est le seul membre du noyau familial dont la voix française a changé en trente-cinq ans. Homer, Marge, Lisa et Maggie sont portés par les mêmes comédiennes et le même comédien depuis les tout premiers épisodes. Très peu de séries longues, animation ou pas, peuvent revendiquer une stabilité comparable côté français.

Lisa Simpson, doublée par Aurélia Bruno depuis les tout premiers épisodes
LISA, MAGGIE ET MILHOUSE

Aurélia Bruno

aussi la voix de Reese Witherspoon

Naissance18 février 1966, Paris
Lisa depuis1989
Autres rôlesMaggie, Milhouse

Née le 18 février 1966, présente depuis 1989, elle fait partie des comédiennes du noyau familial qui n'ont jamais été remplacées. Elle porte Lisa, la petite Maggie et, détail qui surprend toujours, Milhouse Van Houten. Le meilleur ami de Bart est donc doublé par la voix de sa sœur, pratique parfaitement courante en animation et indétectable à l'oreille une fois le mixage terminé.

Le parcours

Comédienne de doublage installée, on l'entend régulièrement sur Reese Witherspoon, notamment dans American Psycho et Pleasantville, ainsi que sur Neve Campbell dans la saga Scream. Elle rejoint l'équipe des Simpson dès les tout premiers épisodes et n'a plus quitté le studio depuis, à travers six prestataires et trois directions artistiques successives.

Les personnages doublés

Lisa Simpson, Maggie Simpson et Milhouse. Trois enfants, trois tempéraments : la surdouée qui argumente, le bébé qui ne parle presque jamais mais dont chaque respiration compte au micro, et le souffre-douleur chevrotant à lunettes. Les trois se retrouvent régulièrement dans la même scène de cour de récréation.

Sa marque de fabrique

Une Lisa qui ne tombe jamais dans la voix de petite fille caricaturale. En français, le personnage garde sa raideur d'intellectuelle et son phrasé net, ce qui rend ses colères et ses plaidoiries nettement plus crédibles. C'est un choix d'interprétation assumé, pas une contrainte technique : Lisa aurait très bien pu sonner mièvre.

À savoir

Lisa chante beaucoup, mais pas avec sa voix parlée. Joëlle Guigui doublait déjà la petite sur certaines scènes chantées ; le relais est aujourd'hui assuré par Nathalie Bienaimé. Le partage entre voix parlée et voix chantée est une pratique répandue en doublage, et elle concerne ici l'un des personnages les plus musiciens de la série.

Ralph Wiggum, l'un des très nombreux rôles portés par Régine Teyssot
LA FEMME AUX CENT VOIX

Régine Teyssot

aussi adaptatrice en saison 19

Naissance1950
Dans la VFdepuis 1989
Edna depuissaison 7

Née en 1950, sur la série depuis 1989, elle est le secret le mieux gardé de la VF : l'essentiel des voix féminines de Springfield, plus une bonne partie des enfants de l'école élémentaire. Quand deux personnages secondaires se répondent dans une scène de classe, il y a de grandes chances qu'elle soit des deux côtés du micro.

Le parcours

Comédienne de doublage de longue date, on l'entend dans Amadeus, dans Aliens le retour ou dans Forrest Gump. Elle mène en parallèle une seconde vie d'autrice, avec une série d'ouvrages de bien-être et de cuisine publiés dans les années 2000 chez Minerva et La Martinière. Le doublage, même sur une série culte, n'occupe pas une carrière entière.

Les personnages doublés

Edna Krapabelle à partir de la saison 7, Elizabeth Hoover, Agnès Skinner, Maude Flanders, Helen Lovejoy, Manjula, la juge Constance Harm, mais aussi Ralph Wiggum, Martin Prince, Nelson Muntz, Rod et Todd Flanders, et même la souris Itchy. Les brutes de la cour et les premiers de la classe sortent littéralement de la même gorge.

Sa marque de fabrique

L'art de la bascule. Passer d'Agnès Skinner, vieille harpie au débit sec comme un coup de trique, à Ralph Wiggum, dont chaque réplique doit sonner comme si elle arrivait par accident, demande un placement radicalement différent. C'est elle qui donne à Springfield sa densité de population : sans elle, la ville sonnerait franchement vide.

À savoir

Elle n'est pas la première Edna : Martine Meirhaeghe tenait le rôle sur les six premières saisons. Autre casquette méconnue, Teyssot a signé une partie de l'adaptation française en saison 19, en alternance avec Christian Dura, avant que celui-ci ne reprenne seul les dialogues à partir de la saison 20.

Moe Szyslak, le barman de Springfield doublé par Gilbert Lévy
MOE, WILLIE ET LE PROFESSEUR FRINK

Gilbert Lévy

aussi Jimmy et Mackey dans South Park

Naissance20 novembre 1949, Tunis
Willie depuissaison 5
Autres rôlesMoe, Lenny, Frink, Cletus

Né le 20 novembre 1949 à Tunis, il est l'autre pilier des seconds rôles masculins. Sa spécialité : les voix cassées, tordues, sifflantes, celles qui n'ont surtout pas le droit de sonner comme un être humain normal. Si un habitant de Springfield parle avec un défaut, un accent ou un tic de langage, il y a de bonnes chances qu'il soit derrière.

Le parcours

Voix française régulière de Colm Meaney, de Randy Quaid et de David Paymer, il a aussi doublé Harvey Bullock dans la série animée Batman de 1992. Il est surtout une figure de la VF de South Park, où il double Jimbo, Jimmy et monsieur Mackey, et où il interprète en prime la chanson du générique.

Les personnages doublés

Moe Szyslak, Lenny, Willie le jardinier depuis la saison 5, le professeur Frink et Cletus. Un barman aigri, un ouvrier de centrale placide, un Écossais incompréhensible, un savant qui postillonne et un péquenaud des montagnes : cinq voix fabriquées de toutes pièces, dont aucune ne ressemble aux quatre autres.

Sa marque de fabrique

Willie. En version originale, le personnage est un Écossais originaire de Kirkwall, dans les Orcades : un marqueur social immédiat pour un public américain. En français, on garde le prénom, on traduit son poste en « Willie le jardinier », et on lui fabrique un charabia roulé et hurlé, reconnaissable en trois syllabes.

À savoir

Le professeur Frink est un cas limite. En version originale, Hank Azaria a bâti sa diction sur Julius Kelp, le personnage de Jerry Lewis dans Docteur Jerry et Mister Love. Matt Groening l'a reconnu : le savant n'est devenu ce qu'il est qu'une fois cette voix trouvée. Traduire ça n'a aucun sens, il faut le rejouer.

LE LEXIQUE MAISON
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Tout ce que la VF a inventé

Les noms, les cris et les origines qui n'existent que chez nous

Bart au tableau noir : dans la VF aussi, tout se joue au mot près

Une bonne adaptation ne traduit pas, elle transpose. Sur les Simpson, les dialoguistes français ont bricolé un vocabulaire entier sans équivalent en anglais, recréé des noms de zéro et parfois déplacé un personnage d'un pays à l'autre. Certaines trouvailles sont devenues plus célèbres que l'original. Petit inventaire raisonné, avec à chaque fois le nom de départ et, quand il diffère, celui du Québec.

Le cri d'Homer, entré dans les dictionnaires anglais et rebaptisé « T'oh ! » en français

« T'oh ! »

LE CRI NÉ D'UNE FAUTE

Le « D'oh ! » de Dan Castellaneta est entré dans les dictionnaires anglais. Sa version française, elle, est née d'un accident de bout d'essai : Philippe Peythieu a prononcé un T là où il y avait un D, et personne n'a jugé utile de corriger. Trois décennies plus tard, c'est la signature sonore de toute une génération.

« Eat my shorts », la réplique de Bart devenue « Va te faire shampouiner »

« Va te faire shampouiner »

L'INSULTE PARFAITEMENT PROPRE

En anglais, Bart lance « Eat my shorts », intraduisible littéralement sans sombrer dans l'absurde. La VF invente « Va te faire shampouiner », qui coche toutes les cases : la longueur colle à la synchro labiale, l'insolence est intacte, la grossièreté est nulle. Au Québec, la même réplique donne « Mange de la crotte ! ».

Sideshow Bob en version originale, Tahiti Bob en version française

Tahiti Bob

SIDESHOW BOB EN VO

Le mot « sideshow », qui désigne l'attraction annexe d'une fête foraine, n'a pas d'équivalent court en français. Plutôt qu'un improbable « Bob de la baraque foraine », la VF a choisi Tahiti Bob : deux syllabes, une image exotique, et un contraste savoureux avec un psychopathe shakespearien. Au Québec, il est resté Sideshow Bob.

L'institutrice de Bart, Krabappel en anglais et Krapabelle en français

Edna Krapabelle

EDNA KRABAPPEL EN VO

L'institutrice s'appelle Krabappel en version originale, jeu de mots sur la pomme sauvage. La VF conserve la sonorité et la francise en Krapabelle, nom qui accroche l'oreille et ne veut rien dire de précis. Le Québec, lui, a gardé Krabappel tel quel : deux écoles d'adaptation dans une seule institutrice.

Le lévrier de la famille, Santa's Little Helper devenu Petit Papa Noël

Petit Papa Noël

SANTA'S LITTLE HELPER EN VO

Littéralement « le petit assistant du Père Noël », le lévrier devient Petit Papa Noël en français : plus court, plus chantant, immédiatement raccroché à la chanson que tout le monde connaît. Au Québec, le même chien s'appelle Le P'tit Renne au nez rouge. Même réflexe exactement, autre chanson de Noël.

Hans Moleman, francisé en Hans Taupeman pour garder le jeu de mots sur la taupe

Hans Taupeman

HANS MOLEMAN EN VO

Le nom anglais contient « mole », la taupe. La VF traduit le jeu de mots tout en gardant la sonorité germanique et obtient Hans Taupeman. Le principe est constant sur toute la série : quand le nom propre porte une blague, on refabrique la blague en français plutôt que de laisser passer l'original.

Otto, le chauffeur du car scolaire, rebaptisé Otto Bus en français

Otto Bus

OTTO MANN EN VO

En version originale, le chauffeur s'appelle Otto Mann, clin d'œil sonore à « auto ». La VF pousse le calembour un cran plus loin en le rebaptisant Otto Bus, qui s'entend directement comme « autobus ». C'est sans doute la francisation la plus élégante de la série : le jeu de mots est franchement meilleur en français qu'en anglais.

La boutique pour gauchers de Ned Flanders, Le Palais du Gaucher en français

Le Palais du Gaucher

THE LEFTORIUM EN VO

La boutique pour gauchers de Ned Flanders devient Le Palais du Gaucher en France et le Gauchariat au Québec. Un même magasin, deux réflexes opposés : l'un traduit l'idée en bon français, l'autre fabrique un mot-valise. C'est en empilant ce genre de micro-décisions que les deux versions finissent par diverger complètement.

Le tout premier épisode d'Halloween, diffusé en 1990 et rebaptisé Simpson Horror Show

Simpson Horror Show

TREEHOUSE OF HORROR EN VO

« La cabane de l'horreur » ne dit rien à un public français. La VF rebaptise donc les épisodes d'Halloween Simpson Horror Show, titre plus explicite et devenu la référence absolue pour toute une génération de spectateurs. Au Québec, les mêmes épisodes s'appellent Spécial d'Halloween. Le premier est diffusé aux États-Unis le 25 octobre 1990.

Kirk Van Houten, père d'une famille devenue belge en version française

Les Van Houten devenus belges

UN DÉMÉNAGEMENT DE SCÉNARIO

Le patronyme de Milhouse est néerlandais, et la version originale s'en sert comme d'un marqueur. En français, l'origine néerlandaise de la famille a été transformée en origine belge, avec l'accent qui va avec. C'est l'un des rares cas où la VF ne se contente pas de changer un nom : elle déplace carrément un personnage sur la carte.

Le cochon du long métrage de 2007, Spider-Pig devenu Spider-Cochon

Spider-Cochon

SPIDER-PIG EN VO

Le long métrage sorti en 2007 offre à la VF son plus gros succès populaire : « Spider-Pig » devient Spider-Cochon, et la chansonnette envahit les cours de récréation pendant des mois. Preuve que l'adaptation ne se joue pas seulement sur les dialogues : parfois, tout tient à deux mots bien placés.

DANS LE STUDIO
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Comment on fabrique un épisode en français

De la détection au mixage, la chaîne complète du doublage

L'épisode où Homer passe derrière le micro pour doubler Poochie

Entre l'épisode américain qui arrive et l'épisode français qui part à l'antenne, il y a une chaîne de métiers que personne ne connaît. Elle repose sur une invention française : la bande rythmo, ce ruban de texte qui défile sous l'image et permet au comédien de coller aux lèvres au centième de seconde. Voici les étapes, dans l'ordre où elles s'enchaînent réellement.

La détection

LE TRAVAIL D'HORLOGER

Premier maillon de la chaîne. Le détecteur reçoit la version originale et reporte sur une bande le texte d'origine, mais aussi les respirations, les rires et les réactions des comédiens. Il code au passage les consonnes labiales, les fricatives et les positions de voyelles. Toute la qualité de la suite dépend de cette étape invisible.

La bande rythmo

UNE INVENTION DE 1949

Le procédé de la bande rythmographique est mis au point en 1949 à l'auditorium MGM de Paris. C'est ce ruban défilant, synchronisé à l'image, qui distingue le doublage français de la plupart de ses voisins européens : le comédien lit son texte au moment exact où il doit le dire, sans jamais quitter l'écran des yeux.

La salle d'écriture d'Itchy & Scratchy, où chaque réplique se réécrit

L'adaptation

CINQ JOURS PAR ÉPISODE

L'auteur écrit le texte français directement sur cette bande, sous contrainte de la détection. Sur les Simpson, un seul épisode représente cinq journées entières de remue-méninges. Juliette Vigouroux et Alain Cassard, longtemps en poste sur la série, résumaient l'affaire ainsi : « Cette série est un condensé de toutes les difficultés que l'on rencontre. »

Un générique des Simpson en langue étrangère : chaque version refabrique ses répliques

Le piège de la longueur

L'ANGLAIS EST PLUS COURT

La difficulté structurelle du doublage vers le français tient à une asymétrie de langues : l'anglais est beaucoup plus synthétique. Une réplique qui tient en six syllabes outre-Atlantique en réclame dix chez nous. Adapter, ce n'est donc pas traduire une phrase, c'est en fabriquer une nouvelle qui rentre pile dans un gabarit imposé.

Le tableau noir de Bart, du texte posé ligne après ligne

La calligraphie

LE TEXTE QUI DÉFILE

Le texte validé est reporté sur la bande rythmo définitive, celle qui défilera devant les comédiens pendant la prise. Chaque mot est positionné pour tomber exactement au moment où le personnage l'articule à l'écran, et une barre verticale signale au comédien le point de départ de sa réplique. Zéro place pour l'improvisation.

June Bellamy, la comédienne qui prête sa voix à Itchy et Scratchy dans la série

L'enregistrement en boucles

ON DÉCOUPE, ON RECOMMENCE

On ne double pas un épisode d'un bloc : le programme est découpé en boucles, des segments courts d'environ une minute. Le comédien voit l'image, lit la bande, enregistre, recommence si le compte n'y est pas. C'est ce découpage qui rend le métier possible et qui explique la précision obtenue au final.

Le rythme de travail

DEUX ÉPISODES ET DEMI PAR JOUR

Philippe Peythieu donne les chiffres : « On enregistre 2 épisodes et demi par jour, on passe environ 3 heures par épisode quand tout fonctionne bien. » Le noyau familial passe en premier ; les comédiens titulaires des seconds rôles viennent enregistrer leurs répliques une semaine plus tard, sur les mêmes boucles.

Le Superstar Celebrity Microphone, le micro le plus célèbre de Springfield

La voix qui tient ou pas

UN MÉTIER DE CORPS

Les voix des Simpson sont très projetées, donc physiquement coûteuses. Peythieu ne s'en cache pas : « Si on a fait la bringue la veille, la voix ne tient pas la journée. » Il lui est déjà arrivé d'annuler une séance l'après-midi parce que sa voix ne tenait plus la route. Le doublage se paie en fatigue.

Le mixage

LA DERNIÈRE ÉTAPE

Les voix françaises viennent remplacer les voix originales sur la version internationale, cette piste qui contient toutes les ambiances, les bruitages et les musiques. Comptez environ deux heures pour un ingénieur du son rodé. C'est ce qui permet à un épisode doublé de sonner comme l'original, à l'exception du timbre des comédiens.

Une affaire de composition

LE MOT DE CHRISTIAN DURA

Trente-quatre saisons à la direction artistique donnent le droit d'être catégorique. La formule du patron de la VF tient en deux phrases : « Le doublage, ce n'est pas juste une voix posée sur de l'image. C'est un véritable travail de composition. » Tout ce qui précède ne sert qu'à rendre cette composition possible.

PASSAGES DE TÉMOIN
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Quand une voix s'éteint

Les remplacements, leurs raisons, et la façon dont la série les absorbe

Krusty le clown, l'un des rôles passés de comédien en comédien en version française

Trente-cinq ans, c'est plus long qu'une carrière. La VF des Simpson a donc dû encaisser des deuils, des maladies et des départs, avec une règle constante : on ne retire jamais le personnage, on lui trouve une nouvelle voix. Le pari est risqué, le public repère tout, mais il a plutôt bien fonctionné. Voici la chronologie des relèves.

Mr Burns, l'un des grands rôles tenus par Michel Modo jusqu'en 2008

Michel Modo

1937-2008, LE PREMIER PILIER

De son vrai nom Michel Goi, gendarme récurrent face à Louis de Funès et moitié du duo Grosso et Modo, il tient dans la VF un paquet de rôles majeurs : Mr Burns, Krusty, Seymour Skinner, Clancy Wiggum, le docteur Hibbert, le docteur Nick, Hans Taupeman, Gros Tony, Tahiti Bob. Il meurt d'un cancer le 24 septembre 2008, à 71 ans.

Le chef Wiggum, repris par Gérard Rinaldi en octobre 2008

Gérard Rinaldi

1943-2012, LA RELÈVE AU PIED LEVÉ

L'ancien chanteur des Charlots, déjà voix de Dingo chez Disney, intègre l'équipe en octobre 2008 et reprend le bloc de personnages de Michel Modo : Burns, Wiggum, Krusty, Skinner, Kent Brockman. Il tient le poste trois saisons avant de mourir d'un lymphome le 2 mars 2012, à 69 ans. Deux deuils en trois ans et demi sur les mêmes rôles.

Kent Brockman, l'un des personnages hérités par Xavier Fagnon en 2012

Xavier Fagnon

DEPUIS 2012

Né en 1972, il est appelé en 2012 pour succéder à Gérard Rinaldi et hérite du même paquet : Mr Burns, Krusty, Kent Brockman, Seymour Skinner, le docteur Hibbert, le chef Wiggum, Tahiti Bob et Tahiti Mel. À lui seul, il porte une grande partie des figures masculines de Springfield depuis la saison 23.

Ned Flanders, doublé par Patrick Guillemin pendant les neuf premières saisons

Patrick Guillemin

LES NEUF PREMIÈRES SAISONS

De 1989 à 1998, il double Ned Flanders, Apu, le révérend Lovejoy, Waylon Smithers, Barney Gumble et Carl Carlson. Il quitte la série après la saison 9 et meurt d'une crise cardiaque le 21 août 2011, à 60 ans. Son départ constitue le premier grand remaniement de la VF : une demi-douzaine de récurrents d'un coup.

Apu, l'un des rôles repris par Pierre Laurent à partir de la saison 10

Pierre Laurent

DEPUIS LA SAISON 10

Il reprend en 1999 l'ensemble des rôles de Patrick Guillemin : Ned Flanders, Apu, Barney, le révérend Lovejoy, Smithers, Carl, Lou et le Vendeur de BD, auxquels s'ajouteront Chalmers et Duffman. Plus de vingt-cinq ans plus tard, il est toujours au poste, et la transition est aujourd'hui presque indétectable.

Bart Simpson, doublé par Joëlle Guigui pendant vingt-deux saisons

Joëlle Guigui

BART DES SAISONS 1 À 22

Elle est la première voix française de Bart et tient le rôle pendant vingt-deux saisons. Souffrante, elle laisse le micro à Nathalie Bienaimé sur les derniers épisodes de la saison 21, revient en saison 22, puis passe définitivement la main pour raisons de santé. Elle assurait aussi certaines scènes chantées de Lisa.

Edna Krapabelle, retirée de la série après la mort de sa comédienne américaine

Le cas Edna

QUAND LA VO CHOISIT LE SILENCE

En 2013, Marcia Wallace, la voix originale de l'institutrice, meurt. Les scénaristes américains décident alors de retirer le personnage plutôt que de le confier à quelqu'un d'autre. L'adieu tombe dans l'épisode 13 de la saison 25 : Ned Flanders rêve d'Edna, se réveille un brassard de deuil au bras et souffle « Ce rire me manque ».

Springfield au complet : côté français, aucun habitant n'a disparu faute de voix

La doctrine maison

ON RÉATTRIBUE, ON N'EFFACE PAS

Côté français, aucun habitant de Springfield n'a jamais disparu à cause d'un deuil. On réattribue le rôle, on cale la nouvelle voix sur l'ancienne, et on laisse le temps faire son travail d'accoutumance. Sur une série qui a dépassé les 800 épisodes en février 2026, c'est tout simplement la seule stratégie viable.

L'AUTRE VERSION
⚜️

Le doublage québécois, une série parallèle

Mêmes épisodes, autre langue, autres blagues, autres comédiens

Les Simpson doublés dans une autre langue : la série existe en plusieurs versions

Chaque épisode des Simpson existe en deux versions francophones, enregistrées de part et d'autre de l'Atlantique par des équipes qui ne se croisent jamais. La version québécoise ne se contente pas d'un autre accent : elle réécrit les références et fait parler la famille dans un français populaire de Montréal. Le résultat est une série jumelle, avec ses propres répliques cultes et son propre public.

Deux doublages, zéro concertation

DEPUIS LE DÉBUT DES ANNÉES 1990

Au Québec, la série démarre sur Super Écran le 15 février 1991, puis passe à TQS dès le 7 septembre 1991, avant de rejoindre Télétoon en septembre 2004 à partir de la saison 13. Deux chaînes, deux équipes, deux scripts : pour un même gag, on obtient deux blagues sans rapport, et aucune n'est plus légitime que l'autre.

Abraham Simpson, l'autre rôle tenu par Hubert Gagnon au Québec

Hubert Gagnon

HOMER PENDANT 27 SAISONS

Né le 29 septembre 1947, il prête sa voix à Homer et à Abraham de 1991 à 2017, soit vingt-sept saisons, avant de renoncer au rôle pour raisons de santé. Il meurt d'un cancer le 7 juin 2020 à Longueuil, à 72 ans. Au Québec, sa voix est aussi indissociable du personnage que celle de Dan Castellaneta en version originale.

Homer Simpson, repris par Thiéry Dubé dans la version québécoise depuis 2017

Thiéry Dubé

HOMER DEPUIS LA SAISON 28

Né en 1973, il reprend le rôle en 2017 avec une consigne qu'il a lui-même formulée : se rapprocher de la voix d'origine sans jamais tomber dans l'imitation pure. Succéder à Hubert Gagnon dans une province où la série fait partie du patrimoine télévisuel relève presque de la mission de service public.

Marge Simpson, doublée par Béatrice Picard au Québec pendant trente-trois saisons

Béatrice Picard

1929-2025, MARGE PENDANT 33 SAISONS

Née le 3 juillet 1929 à Montréal, elle double Marge de 1989 à janvier 2023, au terme d'une carrière commencée dans les années 1940. Elle s'est éteinte le 9 décembre 2025 à 96 ans, et la nouvelle a fait le tour des rédactions bien au-delà du Québec. Peu de comédiennes auront tenu un même rôle aussi longtemps.

Milhouse Van Houten, doublé par Chantal Baril dans la version québécoise

Chantal Baril

MARGE DEPUIS LA SAISON 33

Elle reprend Marge à partir du onzième épisode de la saison 33, en cours de saison, ce qui n'arrive quasiment jamais sur une série de cette taille. Elle double par ailleurs Milhouse dans la version québécoise : comme en France, la répartition des rôles ne suit pas du tout la logique des âges ni des genres.

Bart Simpson dans la première saison, personnage tenu par Johanne Léveillé depuis 1989

Johanne Léveillé

BART DEPUIS 1989

Elle double Bart sans interruption depuis les tout premiers épisodes, et assure aussi Marge dans ses passages chantés. Elle est en outre directrice artistique du doublage québécois de la série, aux côtés de son conjoint Benoît Rousseau. Plus de trois décennies sur le même garnement : c'est l'une des plus longues fidélités du projet.

Maggie Simpson, doublée par Lisette Dufour au Québec depuis les débuts

Lisette Dufour

LISA ET MAGGIE DEPUIS 1989

Née le 2 avril 1949, elle porte Lisa et Maggie depuis les débuts. Les Québécois la connaissent surtout comme la voix de Pocahontas chez Disney et comme celle d'Anastasia. Comme en France, le noyau familial québécois repose sur un petit groupe de comédiens qui n'a quasiment pas bougé en trois décennies.

Troy McClure, l'un des nombreux rôles de Benoît Rousseau au Québec

Benoît Rousseau

1959-2026, L'HOMME DE L'OMBRE

Codirecteur artistique de la version québécoise avec Johanne Léveillé, il y double aussi Lenny, Snake, Duffman, Troy McClure, le capitaine McAllister, Kirk Van Houten, Eddie, Abraham, et Mr Burns depuis la saison 30. Né le 17 août 1959, il est mort à Montréal le 24 avril 2026, à 66 ans.

Le chien de la famille : Petit Papa Noël en France, Le P'tit Renne au nez rouge au Québec

Les noms qui changent

DEUX LOGIQUES OPPOSÉES

Sideshow Bob et Edna Krabappel gardent leurs noms anglais au Québec, là où la France a inventé Tahiti Bob et Edna Krapabelle. À l'inverse, le chien devient Le P'tit Renne au nez rouge et le Leftorium se transforme en Gauchariat. Les deux versions ne francisent jamais les mêmes choses, ce qui est tout le sel de l'affaire.

L'arrêt de 2025, la reprise de 2026

DEUX SAISONS DE RETARD

À l'automne 2025, Télétoon perd les droits sur la série et ne peut plus assumer les coûts du doublage québécois, qui s'arrête net après la saison 35. Il faudra attendre mai 2026 et une entente entre Bell Média et Disney pour que la production reprenne, durant l'été, en vue d'une diffusion sur Noovo.

Questions fréquentes

On répond à tes questions

Qui double Homer Simpson en français ?

Philippe Peythieu, depuis 1990. Il est l'auteur du « T'oh ! », né d'une lecture erronée au casting : il a prononcé un T là où le texte indiquait un D. Il double également Abraham Simpson et Otto le chauffeur de bus.

Qui sont les voix françaises de la famille ?

Philippe Peythieu pour Homer, Véronique Augereau pour Marge, Joëlle Guigui pour Bart et Aurélia Bruno pour Lisa. Fait notable : Philippe Peythieu et Véronique Augereau, qui se sont rencontrés sur le plateau de doublage, sont mariés dans la vie.

Qu'est-ce que la VF a inventé ?

Beaucoup de trouvailles absentes de la version originale : le « T'oh ! » d'Homer, le « Va te faire shampouiner ! » de Bart, et des noms francisés devenus cultes comme Tahiti Bob (Sideshow Bob en anglais) ou Edna Krapabelle (Edna Krabappel).

Pourquoi certaines voix ont-elles changé ?

Principalement à la suite de disparitions de comédiens, comme Michel Modo, Gérard Rinaldi ou Patrick Guillemin, qui tenaient chacun de nombreux seconds rôles. Le doublage a alors dû redistribuer ces personnages, tout en préservant la continuité des voix principales.

Existe-t-il une autre version française ?

Oui : une version québécoise complètement distincte, avec ses propres comédiens — longtemps Hubert Gagnon pour Homer et Béatrice Picard pour Marge — et une adaptation très ancrée localement, dont les références diffèrent nettement de la VF diffusée en France.

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